No. 3
Septembre 2003
édito
Polar, art majeur

Au moment où la rentrée littéraire - septembre est
un beau mois pour le suicide collectif - bat son plein et même
son trop-plein, où "Galligrasseuil" instrumentalise le souk des Prix
et où les gazettes noircissent du papier avec Amélie Nothomb
ou Frédéric Beigbeder (dont le bouquin sur le 11 septembre est, au passage
et malgré ses anglicismes, assez bon), il n'est pas interdit de quitter l'autoroute
blanche surchargée et de filer sur les chemins de traverse.
Direction la littérature noire, le côté obscur des choses et des êtres.
Et parmi les auteurs de polars qui comptent, Jean-Bernard Pouy n'est pas le dernier à prouver que style et roman noir peuvent faire bon ménage. Touche à tout
de talent, Pouy dit, tout au long de ses livres publiés dans la mythique Série Noire,
la fuite, le deuil, le respect de la parole donnée, de certaines idées (pas vraiment ancrées à droite…) sans oublier, l'essentiel, l'humour et la tendresse pour
des personnages qui ont de la grandeur. Cela valait bien un dossier dans Travelling!
Ce qui n'empêchera pas l'intelligentsia – il en va de même pour le cinéma,
où un Raoul Ruiz grotesque sera toujours mieux perçu qu'un petit film policier
bien ficelé – de continuer à penser que le polar est un art mineur.
Qu'il me soit permis d'adresser à ces gens-là un majeur bien tendu!

Pascal Busset
P.S.: Précision qui a peut-être son importance,
quand je parle de polar, j'entends le roman noir, social, littéraire,
ancré dans la réalité du monde, et pas le roman policier
ou le thriller, autres genres ou sous-genres qui ont chacun
leur propre univers, style et public.
 
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