| Un fils indigne, une mère
qui joue les mourantes imaginaires, un fils surgi de nulle part, quelques
magouilles, un vieux cinéma et une montagne de dettes, L'ange
de l'épaule droite est un film tadjik drôle et cruel
l est de retour! Et le retour n'est pas triomphal, de loin pas. De Moscou,
Hamro rentre dans son village natal, Asht, trou perdu du Tadjikistan. C'est
sa mère, mourante, qui l'a appelé à son chevet. Seulement,
la mère n'est pas plus à l'agonie que le Argan de Molière
n'était malade. Le but de la manœuvre, outre revoir son fils,
c'est de l'obliger (afin qu'elle meure de manière digne) à
retaper la maison, ce qui a l’avantage de donner du boulot à
tout le village et de refermer le piège.
Car le vrai problème d'Hamro, petit truand agressif, fils indigne
et vrai salaud, c'est bien ses dettes et ses créanciers, plutôt
du genre rancunier. Après un passage à tabac en règle
et quelques marchandages (on serre la main de son vis-à-vis et on
secoue jusqu'à faire tomber le prix le plus bas possible, technique
assez surréaliste qui fait son petit effet), on penche pour une
amélioration de la situation, mais… La mère "ressuscite"
sous le regard pour le moins étonné d'Hamro, lequel se voit,
en plus, contraint "d'adopter" un gosse - on ne saura jamais
si celui-ci est vraiment son fils ou un enfant abandonné, mais comme,
à l'époque, le bonhomme sautait sur tout ce qui bougeait
dans le village…).
Casse cocasse
Redevenu projectionniste (de nanars indiens hilarants ou sanglants), Hamro
tentera encore un casse rocambolesque et cocasse dans la mairie (et ne
récoltera que des peanuts en l’occurrence des… bonbons)
avant que sa mère, ultime et très beau sacrifice, ne décide
de mourir pour que la situation de son fils se débloque, que la
"mafia" villageoise récupère son dû, que
la maison se vende et que le "paria" déguerpisse (sans
jeter un regard à la fille qu'il vient de mettre enceinte)
Farce d'abord, drame ensuite, analyse politique et film sans morale écartelé
entre la fidélité et la trahison, L'ange de l'épaule
droite, premier long métrage de Djamshed
Usmonov prouve que le cinéma d'Asie centrale, mêlant
tradition et modernité, offre aujourd'hui des œuvres fortes,
des chemins de traverses. Parmi ces cinéastes à suivre, notons
le Kazakh Darejan Omirbaev (La route), le Kirghiz Aktan Abdykalykov
(Le singe) et un autre Tadjik, Bakhtiar Khadojnazarov, auteur
de Luna Papa, perle absurde et onirique sous influence kusturicienne.
Loin des sentiers battus et des boulevards hollywoodiens, ce cinéma-là
étonne et séduit.
PBu

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