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Titre film
 
Itinéraire d'un escroc de haut vol
 



Arrête-moi si tu peux
Comédie
réalisée par
Steven Spielberg
2002

Avec Leonardo DiCaprio,
Tom Hanks, Christopher Walken, Nathalie Baye,
Martin Sheen.
Durée: 2 h 21

 

Avec Arrête-moi si tu peux, Steven Spielberg, s'appuyant sur une histoire vraie, faite de faux chèques, signe un divertissement d'excellente… facture

lettrinees charmeurs de serrures (à la Arsène Lupin), les combinards (comme les Pieds Nickelés) ou les faussaires de génie (comme Frank Abagnale Jr.) ont toujours joui d'une cote immense dans le public. Normal, là où d'autres font couler le sang, arrachent les larmes, eux mettent du panache dans le crime (avec doigté), du talent dans l'arnaque (à gogo), de la classe dans le dépouillement (avec goût).

Pas étonnant donc que Steven Spielberg se soit intéressé à l'histoire vraie d'Abagnale (Leonardo, impeccable dans un rôle qui lui va comme un gant), escroc précoce qui se fit passer pour un pilote de ligne, un médecin, un avocat et qui fit pour quelques millions de dollars de faux chèques avant de tomber dans les griffes de l'agent Hanratty (Tom Hanks, sobre comme il faut) et de passer "à l'ennemi", c'est à dire d'expertiser, après un arrêt en case prison, de faux chèques pour le compte du FBI (le vrai Abagnale, aujourd'hui âgé de 54 ans, est devenu une autorité mondiale en la matière et touche de vrais chèques avec beaucoup de zéros).

Classique histoire de gendarme et de voleur, mais divertissement qui vole assez haut (du générique, formidable, à la fin, qui l'est moins, on passe un très bon moment), Arrête-moi si tu peux prouve que si Spielberg est toujours un grand enfant, il n'hésite plus à aller faire un tour dans des univers où les solitudes se drapent d'ombres, où les apparences sont trompeuses.

PBu

cotation 3/7

 

 

Affiche
 
Photos ©UIP
 
©UIPPhotos
 
Photos©UIP
 
 
 
 
 
 
 
 
Sa part d'ombre
Le père de E.T. et d'Indiana Jones est-il un réalisateur (c'est à dire un faiseur de films), un metteur en scène (soucieux de la forme, de l'instant) ou un cinéaste (s'attachant au fond, construisant une œuvre)? L'auteurisme est-il soluble dans le liquide (billets verts et Coca)?

C'est là finalement toute la complexité du cas Spielberg, homme d'affaires brillant, champion du box-office, puissant producteur et en même temps pater familias discret (très peu people à l'ère du tout glamour), grand enfant à casquette semblant parfois sur une autre planète et réalisateur soucieux de laisser une trace, de faire passer des messages. Dualité, duel ou schizophrénie légère, l'homme navigue entre des univers totalement différents, s'amusant visiblement à ne jamais être là où on l'attend. L'homme est capable de traiter de la Shoah, de l'esclavage des Noirs, du racisme et de la guerre - plutôt un cinéma à caractère sérieux (ce qui ne veut pas dire austère) -, mais aussi de se lancer dans les aventures d'Indiana Jones, de livrer de la chair fraîche aux dinosaures ou de flirter avec la fée Clochette – du pur divertissement (ce qui n'empêche pas la manière).

Trois constantes pourtant, trois grands thèmes sillonnent toute sa filmographie: l'enfance bien sûr, la solitude et la différence. Chez Spielberg, on est seul face à la mécanique (Duel), face aux dinos (Jurassic Park), face à la barbarie (La liste de Schindler), face à l'avenir (Minority Report) ou alors on est différent comme un extra-terrestre (E.T.), un enfant (L'empire du soleil), une femme (La couleur pourpre), un Noir (Amistad). On peut bien entendu être seul et différent…

Il sera toujours moins coté qu'un Scorsese, qu'un Coppola (même si ces deux-là sont en nette perte de vitesse), toujours un peu snobé par ceux que le succès révulse, mais, finalement, ses paradoxes en font un cinéaste souvent intéressant, parfois passionnant.

De l'autre côté de la barrière

Et puis depuis quelques temps, il y a ce petit plus, cette part d'ombre qui commence à contaminer son cinéma, à le rendre sinon subversif (attention, pas de gros mots!) du moins un peu plus pervers, sombre (même si cela n'empêche pas les bons sentiments et des fins moralement correcte).

Après le ratage A.I. (la greffe Kubrick-Spielberg n'a pas pris), Minority Report (avec ses fantastiques moments de mise en scène) montrait une voie plus tourmentée, plus torturée. Et dans Arrête-moi si tu peux, on sent une vraie jubilation à relater les exploits d'un escroc qui trompe le système mais surtout son ennui, tente d'"oublier" le divorce de ses parents et de se faire une sorte d'ami, fût-il flic. Certes le système gagne à la fin, mais cette partie de cache-cache, ce jeu du chat et de la souris s'est déroulé, principalement, de "l'autre côté de la barrière". C'est là que Spielberg doit aller. En prenant le chemin d'une certaine noirceur, d'une sorte de désespoir mélancolique, en radicalisant son propos et en osant tordre le coup à cette satanée vieille morale américaine, il gagnera en stature, celle d'un auteur à part entière et pas seulement d'une machine à multiplier les dollars.

Et si dans quelques années, on parlait de Spielberg comme on parle aujourd'hui d'Eastwood?

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