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Villard et Daeninckx: l'image et le son

Les éditions Eden lancent une nouvelle collection de court récits noirs. Résultat: à l'apéro, c'est déjà le plat de résistance puisque Marc Villard et Didier Daeninckx sont autour de la table. Champagne!
On a vu entrée moins copieuse, apéro plus chiche. Pour sa nouvelle collection Fictions, les éditions Eden ont mis les petits plats dans les grands en s'offrant deux monstres sacrés, deux auteurs de polars plus proches de la grande bouffe que du yoghourt 0%. A savoir
Marc Villard et Didier Daeninckx, qui signent là deux excellents romans courts (ou longues nouvelles, c'est selon).


 

Villard part au Mexique avec dans ses bagages un privé fatigué. Lequel est engagé par un autre privé - celui du film de Robert Altman (tiré de The Long Goodbye de Chandler) à savoir Elliott Gould – qui a perdu son chat. On s'explique. Sur le tournage, Johnny partage pas mal de scènes avec Gould et ce dernier s'est pris d'affection pour le félin. Mais celui-ci disparaît et le privé (l'autre, faut suivre!) entre en jeu. Avec "son flair de fox-terrier" (ça tombe bien!), Jack Rivera trouvera la solution à Tijuana, où Johnny est utilisé comme mule par des trafiquants de drogue aussi pourris que la ville. Chienne de vie!

 

 

Récit cinématographique qui se lit comme on sèche une bière les soirs d'été, 1 chat, 2 privés, 10 corona, fantaisie savoureuse, prouve, s'il en était encore besoin, que Villard est un immense auteur de nouvelles. Fluidité remarquable, atmosphère, absurdité, tout y est. De quoi miauler de plaisir!
Daeninckx, lui, c'est une autre musique, moins légère, aux accents plus graves. Dans un bled de Normandie, deux jeunes majorettes ont été précipitées du haut d'une falaise et la mère des petites demande à Jean-Luc Mestrem, détective largué et mélomane – il ne s'intéresse plus qu'au Mefistofele de Boïto gravé par Enrico Caruso à Milan ou presque – mais qui connaît tout le monde. Normal, il a passé toute son enfance (pas vraiment un bon souvenir) dans ce trou normand fier de ses fêtes et de sa chorale. Laquelle n'est pourtant pas exempte de fausses notes…
D'une densité incroyable pour un si petit bouquin, Les corps râlent, est signé par un Daeninckx implacable et tranchant. On en reste sans voix.

PBu


 

1 chat, 2 privés, 3 corona, de Marc Villard et Les corps râlent, de Didier Daeninckx, Editions Eden, collection Fictions

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