| Habitué de la comédie,
Cédric
Klapisch se lance dans le polar avec Ni pour ni contre (bien
au contraire). Un exercice de style qui, de la lumière aux acteurs,
frise le sans faute. Brillant et jouissif!
e
prime abord on se dit, c'est quoi ce titre. Ensuite on y va parce que c'est
Klapisch, qu'on a aimé L'auberge espagnole, film sympathoche,
jolie petite comédie européenne, qu'on se souvient avec plaisir
d'Un air de famille, de Riens du tout, du Péril
jeune, de Chacun cherche son chat et surtout parce qu'on
est curieux de voir comment le bonhomme s'en tire dans un pur film de genre:
le polar (genre très prisé de Travelling).
D'entrée, cela se sent, Klapisch a bien révisé
ses codes: des flingues de concours, des petits truands qui rêvent
d'artiche, des pépées d'enfer, de belles pompes, de belles
carrosseries, de la gouaille audiardisante, le monde interlope de la nuit,
l'atmosphère, les lumières, tout y est. Avec ce supplément
d'âme (version
Westlake – voir notre section polars): l'humour.
Il faut dire que si le casting est composé de demi-sel (les personnages,
pas les acteurs,), il ne fait pas dans la demi-mesure. C'est du cousu-main,
du mijoté aux petits oignons, rarement on avait vu une si belle
équipe de branquignoles. Dans ce drôle de club des cinq, il
y a Jean (Vincent Elbaz) le "cerveau", le chef, dandy à
chaînette, Mouss (Zinedine Soualem), chorégraphe plutôt
trouillard, Lecarpe (Simon Abkarian), vendeur de kebab peu loquace, Loulou
(Dimitri Storoge), jeune chien fou et last but nor least, Cathy
(Marie Gillain), caméraman engagée sur un coup et qui va
choisir son camp: celui du fric facile et de l'adrénaline. De braquages
de bijouteries en petits coups "pépères", les cinq
se prennent pour la dream team et après un petit tour dans
une suite du Carlton, se préparent à monter sur un casse
autrement ambitieux et risqué, le cambriolage d'un dépôt
de fonds, lequel tournera à la bérézina. Car si la
première partie du film est parfois hilarante (le plan d'attaque
griffonné à l'aide de ketchup et de moutarde, le tir au pigeon
version ski-nautique…), la deuxième partie est sombre, violente
et sanglante.
Immense polar (de ceux que les Américains sont incapables de produire),
Ni pour ni contre est une totale réussite (sauf peut-être
la toute fin, qui explique trop clairement ce que tout le monde avait deviné).
Les décors sont magnifiques (boîte à culs scintillante,
bars branchés, plages cannoises, banlieue grise), la lumière
somptueuse (merci au directeur de la photo Bruno Delbonnel), les acteurs
brillants (mention à Marie Gillain - qu'on avait pas vue aussi bien
depuis L'appât - et à son regard tantôt enfantin,
apeuré, intrigué, fatal ou machiavélique), la mise
en scène soigne le tout et Klapisch réussit là un
polar jouissif. On n'est pas contre, bien au contraire…
PBu

|