| Jacques
Vallet retrouve Othello Desdouches, son double littéraire, pour
un aller-retour entre passé et présent. Du Liban à
Paris, les terroristes islamistes ont la bombe facile et la vengeance sournoise.
Ablibabli frappe fort et sonne juste: implacable!
orti
du journalisme, Othello Desdouches continue pourtant d'écrire, de
mettre la vie en mots en commettant des enquêtes sociologiques pour
un petit éditeur universitaire. Mais ce vendredi 16 février
à 9 h 30, il jette l'encre, quitte sa table de travail, et s'en
va boire un verre chez son pote Hafif. Sa mémoire embarque alors
sur les eaux agitées du souvenir. Il se souvient du Liban, ce Liban
d'autrefois, ce Liban d'avant, d'il y a trente ans. Il hume le parfum de
la belle Elisa, une Palestinienne engagée, l'atmosphère d'Ablibabli,
près de Beyrouth, plaque tournante de trafics interlopes. Foule
en pensée cette terre d'immigration qui fut la sienne: "Othello
se reconnaissait dans cet univers cosmopolite… N'ayant jamais su
d'où il venait, ne s'était-il pas toujours senti lui-même
déplacé, décalé, pas à sa place? N'avait-il
pas connu de tout temps un exil intérieur?" Aujourd'hui, le
passé lui revient en pleine face comme un boomerang pervers.
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Boule de haine et nerfs
à vif
A Paris, un ancien du Liban endoctrine les jeunes
déracinés, les déboussolés prêts à
tout faire péter. Moussa l'islamiste fournit les bombes et les cibles
qui… l'arrangent. Avec Serge, il a trouvé une parfaite marionnette,
boule de haine et nerfs à vif. Un type qui ne comprend rien à
tous ces mots en "isme" qui n'a aucun but politique juste l'envie
de "ne pas mourir tout seul". "Serge pensait que tous ses
problèmes venaient des autres. Il fallait donc tuer les autres pour
tuer les problèmes". Logique destructrice, logique malade.
Combien de soldats ainsi perdus, chairs à canons, bras vengeurs
de premier choix pour les manipulateurs de métier, les islamistes
purs et durs?

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Pour éviter un bain de sang programmé,
Othello Desdouches, faisant l'aller-retour entre passé et présent,
se lance dans une course contre la montre, contre l'horreur terroriste,
contre les fantômes. Il le doit bien à la mémoire d'Emile
Bourgeois, journaliste libanais dont Serge est le fils…
Livre exemplaire et implacable sur la plus meurtrière des bombes,
le désespoir – denrée très recherchée
par les terroristes de toute obédience -, Ablibabli est
assurément une réussite de Jacques Vallet, auteur de l'excellent
Une coquille dans le placard. Avertissement qui a la force d'un
uppercut, il frappe juste. Loin de l'épate sécuritaire de
Sarko, Vallet et son double littéraire Desdouches décortiquent
les mécanismes qui mènent au pire avec clarté, sens
de l'analyse et une immense connaissance du terrain, du terreau. Inconscience
contre prise de conscience! Passés les frissons dans le dos, on
s'accroche à cette phrase, sublime: "La mémoire est
la seule arme… La seule patrie".
Pascal Busset

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