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Comment perdre le Nord

Nói Albinói
Surprise glacée
réalisée par Dagur Kari
2002
Avec Tomas Lemarquis,
Elin Hansdottir, Thröstur Leo Gunnarsson, Anna Fridriksdottir,
Hjalti Rögnvaldsson
Durée : 1 h 33

 

Spécial puisqu'islandais, Nói Albinói de Dagur Kari est une des excellentes surprises de cet été. Dérision, humour noir et blanches étendues de vague à l'âme, un premier film qui s'impose tout en spleen moqueur

lettrinedolescent tendance anachorète, albinos à bonnet de laine et amoureux transi (normal vu le climat…) d'une pompiste, Nói traîne sa grande carcasse dans un village-fjord à côté duquel La Brévine passe pour le Club Med des Maldives. Avec une seule idée en tête, partir d'ici, perdre ce Nord qui l'oppresse. Son rêve, s'arracher, avec Iris la pompiste, à ce décor neurasthénique d'hôpital à l'air libre, fuir le froid, le vent pour les cocotiers, les pages de sable fin et les lagons turquoises.

En attendant, cet escogriffe iconoclaste vit avec sa grand-mère (dont la journée est consacrée à des puzzles gargantuesques) et entretient une relation difficile avec son père, un alcoolique amateur de karaoké qui se fond parfaitement dans cet univers déprimant.

Il survit donc avec un QI à trois chiffres et un entrain flirtant avec le zéro. Génie au chômage intellectuel, branleur céleste, stakhanoviste de l'absentéisme scolaire (allant même jusqu'à se faire "représenter" par un dictaphone…), Nói passe ses journées à gagner des revues de cul au Mastermind, à boire des bières au malt à la station service, à flirter avec la diaphane Iris, à dégommer, carabine en main, des stalactites gelées ou à essayer de "tuer" un arc-en-ciel à coups de pierres. Et quand il est à la maison, il s'enferme dans sa tanière, une cachette au sous-sol (qui lui sauvera d'ailleurs la vie).

Humour servi glacé

Film qui vous cueille à froid avec son humour servi glacé, avec sa poésie du spleen, son comique absurde (Kaurismäki n'est jamais loin) qui balance entre vraie déconnade et moments plus émotionnels, Nói Albinói impose son style, son regard sur la révolte engourdie d'un adolescent, sur le mal-être qui peut finir par geler le cœur. Dagur Kari signe là un premier film singulier, ponctué de scènes surréalistes qui claquent comme un rire libérateur tout en se gardant bien d'en faire trop, ce qui révèle une finesse et une maîtrise assez impressionnantes.

Pour cela, il s'appuie sur son jeune acteur, le nonchalant Thomas Lemarquis (une sorte de sosie jeune de Peter Garrett, ex-leader de Midnight Oil) et sur ce décor naturel inhospitalier, rude est pourtant saisissant - désert blanc, eaux glaciales et lumière entre chien et loup -, même si, à priori, Dagur Kari n'a pas été payé par l'Office du tourisme du coin pour vanter les mérites d'un bloc de glace islandais balayé par des vents à vous défriser le Damart. Mais à ceci, en l'occurrence l'impossible, nul n'est tenu!

Pascal Busset

cotation 5/7

 
 
 
© Haut et Court  
   
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