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| Romans, nouvelles, poésies, articles, collaborations diverses (on attend les fiches cuisine…), on ne peut pas dire que Jean-Bernard Pouy soit le moins prolifique des auteurs de polars français. Pour ne pas me perdre dans la jungle de son œuvre pléthorique, j'ai donc, prudemment, décidé de traiter le thème: Pouy dans la Série Noire et ainsi m'en tenir à ses dix romans parus dans la mythique collection créée par Marcel Duhamel. Pour tout le reste - le Poulpe, la bière, le vélo, l'entropie ou les trains -, prière de vous rendre à l'abécédaire, où son univers est compilé de manière anarchique (normal). | |||||||||||||
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Nous avons brûlé une sainte - Suzanne et les ringards - La pêche aux anges L'homme à l'oreille croquée - La clef des mensonges - Le cinéma de papa |
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Nous avons brûlé une sainte (1984) Vouant une haine farouche aux Anglais, se réclamant d'Arthur Rimbaud et de Jeanne d'Arc, Anna suit la voie de la vengeance hallucinée. Une première Série Noire, poétiquement macabre et ironiquement méchante, pas molle du genou.
Premier roman de Pouy
à être publié dans la mythique Série Noire, Nous
avons brûlé une sainte ne manque ni de style, ni d'imagination
(sans oublier de jolis clins d'œil: l'inspecteur P. Raynal et le flic
Tonino Benacquista…). Poussé par des vents libertaires qui gonflent
la voile de tous les ouvrages de JBP, ce polar plait par son ironie mordante
("on va avoir des flics cultivés, c'est un monde") et par
sa construction altmanienne (course-poursuite entre le quatuor - puis tiercé,
puis duo, puis… - rimbaldien et les policiers, course folle d'un satellite
en perdition et course rectiligne d'un camion de rockeurs défoncés
pas qu'aux décibels). A l'arrivée: un tour de chauffe bien allumé,
bien illuminé où l'étoile a pleuré rose… La phrase : "Il n'aimait définitivement pas les chiens, ça se dresse trop, ça accepte les coups et ça a du mal à se démerder tout seul. Les chats, au moins, ne nous aiment pas. Et nous regardent comme des quantités négligeables, signe de sagesse instinctive, signe de morale, on ne pactise pas avec le Grand Prédateur. Souvent, ils volent et s'en vont. Les chiens nous regardent comme de grands chiens, de grands chefs. Les chats nous regardent comme des hommes et nous snobent."
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Suzanne et les ringards (1985) On peut avoir une sale gueule mais un gros cœur. Dumbo, roadie rodé au pire, le prouve en tentant de mettre la main sur l'assassin d'une pauvre groupie. Un mélo pas tendre avec les branleurs qui croient avoir la rock & roll attitude.
Exercice rare dans le polar, ce mélodrame sur
fond de guitares saturées se tient, comme tout bon mélo, en
équilibre sur le fil ténu séparant naïveté
confondante et sensibilité touchante. N'épargnant pas le milieu
du rock, alors qu'en général les auteurs immergés dans
un milieu en rendent compte plutôt positivement, Jean-Bernard
Pouy signe avec Suzanne et les ringards sa Belle et la Bête,
un roman atypique, s'attachant à des personnages en marge. Sans ratures. La phrase: "J'ai repensé au petit corps marbré de Suzanne, cassé dans la baignoire et j'entendais, dans ma tête, le bruit dégueulasse que peut faire une masse dure contre un visage de jeune fille. Et puis, dans cette mort anodine, une coïncidence m'avait inondé: ce visage à moitié tuméfié par les coups, comme si, dans la mort, elle m'avait rejoint physiquement, selon la danse des apparences."
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La pêche aux anges (1986) Quand Zoj le gitan se met en tête d'aider une mère à qui on a volé son gosse, il ne se doute pas que le prix à payer sera terrible. Un roman en eaux troubles qui va crescendo jusqu'à la fin, proprement déchirante.
Roman dur, qui, au fil des pages, fait tourner toujours
plus vite la mécanique du pire, La pêche aux anges (superbe
titre) frappe par son côté implacable. Car si on pressent le
désastre, si on le redoute plutôt, on est tout de même
sonné, groggy devant une fin (l'une des plus belles de Pouy)
littéralement déchirante, noire comme l'enfer. La phrase: "Ils n'avaient aucun besoin de parler et avaient mis une cassette de musique hachée. Du rock, avait pensé Le Finnois qui détestait ça, car il ne comprenait pas les paroles. Du rock, avait pensé Harlette qui n'aimait que le jazz. Du rock, avaient-ils pensé, très bien, ça donne une idée suffisamment joyeuse du voyage."
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L'homme à l'oreille croquée (1987) La rencontre improbable dans un train en miettes d'un adolescent et d'une prostituée en cavale débouche sur un road-movie d'exception. Attachant, organique et parfaitement mis en scène.
Difficile de retourner étudier chez les Pères après un tel événement surtout quand Marcel, 15 ans et demi, découvre dans Paris-Match que Marie-Claude est finalement morte et qu'elle ne s'appelait pas Marie-Claude mais Arlette, que c'était une prostituée de 26 ans qui avait balancé ses macs, accusé un personnage important et cherchait à semer la Vengeance. Persuadé qu'elle a trouvé dans l'accident un bon moyen de "disparaître" officiellement, il va aller la retrouver. La cavale de ce couple improbable ne sera pas de tout repos… Un chef-d'œuvre pouyesque (la preuve, il se relit
avec délectation), un road-movie furieux qui ne fait pas dans la dentelle
(outre l'oreille, un œil crevé, un bras amputé, un nez
croqué, etc…) mais surtout attachant tant la relation entre l'enfant
- que l'expérience fait grandir à la vitesse grand V - et la
prostituée - énervée, distante puis presque maternelle
– marque les esprits. Enorme début, milieu haletant, grande fin,
L'homme à l'oreille croquée voyage en première
classe! La phrase: "J'ai été l'objet de toutes les attentions. Soi-disant que j'avais subi un choc. J'ai vu des psychologues en pagaille et, ce qui me tue, c'est qu'ils ont tous des lunettes cerclées acier. Avec moi, ils ont fait un concours de questions idiotes et le dernier, quand il m'a demandé ce que je voulais faire plus tard et que je lui ai répondu conducteur de train, il m'a regardé comme si j'avais des choux-fleur roses à pois bleus à la place des oreilles"
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La clef des mensonges (1988) Un gendarme au bout du rouleau et une jeune fille idéaliste – soit un nouveau "couple" incroyable – fuient une embrouille politico-financière et rattrapent des souvenirs. Qui n'ont plus rien de vivants… Une réussite tout en rythme et en pessimisme.
Pris pour cible par de joyeux drilles qui défouraillent avant de causer, Zapala et Alix vont vite quitter le train-train made in SNCF et s'offrir une cavalcade sur des chemins nettement moins balisés. Désormais, Zapala, envoyé au casse-pipe, est devenu une cible, alors il aimerait bien un topo clair de la situation. Mais pour cela, faudrait pas trop compter sur les explications de la demoiselle Alix (dura sed Alix), laquelle détient pourtant la clef du mystère, elle la détient si bien qu'elle l'a avalée la clef! Qu'ouvre-t-elle? Pourquoi tant de gens veulent-ils la récupérer? Autant de points d'interrogations qui commencent sérieusement à peser sur l'estomac de Zapala. Lequel va donc d'abord récupérer, de manière naturelle, la clef d'Alix avant de l'avaler à son tour et de forcer la jeune femme à tout lui dire. Alors qu'autour d'eux, l'étau se resserre… Libertaire peu enclin à glorifier la marée-chaussée, Pouy surprend ici avec un personnage de gendarme usé qui va quitter son rôle de gentil petit soldat de plomb sur l'échiquier pour devenir l'électron libre, le grain de sable. A ses côtés, un personnage féminin auquel nous a habitué l'auteur, fragile et touchant derrière une attitude hautaine et des mots durs. La clef des mensonges est un road-movie efficace dont la quête inutile souligne le pessimisme. La phrase: "Chapeau. Je n'ai plus le réflexe de dire képi. Ce képi que j'avais toujours sur la tête, vissé à jamais. J'avais sauté d'un train, couru dans les fossés, tiré sur tout ce qui bouge, volé une bagnole, et j'avais toujours ce putain de képi sur la tête, cette casserole sans queue, ce carton à chapeau, cette boîte. Tu parles d'un boulet. C'est par ça que l'armée nous tient, ce n'est pas tant l'uniforme, d'autres en ont, même ceux d'en face, de l'autre côté de la barrière, qui se démerdent toujours pour être reconnaissables. C'est ce poids sur la tête, cette barre au front, ce ridicule. Tant que t'es ridicule, il n'y a que ton pouvoir à exercer pour ne plus l'être. La peur du gendarme passe par la honte que le gendarme a de son képi."
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Le cinéma de papa (1989) Rentré du Brésil, Bertrand découvre que sa mère a été assassinée à cause d'un très vieux film amateur tourné par son père. Alors ni une ni deux, le cinéfils part sur le sentier de la vengeance. Scénario poussif, réalisation mi-figue mi-raisin, pas le meilleur Pouy.
Fouillant la maison familiale, il découvre que la théorie du "crime de rôdeurs" a du plomb – et plus précisément du nitrate - dans l'aile. Car c'est bien avec l'un des vieux films du paternel qu'à été tuée sa mère. Mais qui peut bien tuer pour une bobine de film amateur millésime 1934? Qu'y a-t-il de si précieux sur cette bande à part le fait que l'on y voit Dali, Picabia et Trotsky? Sur le sentier de la vengeance, Bertrand va faire sa petite enquête dans le milieu des chasseurs de trésors cinéphiles, d'un côté des vieux trotskistes, de l'autre des vieux staliniens. Et au milieu un commanditaire, un vieux fazendiste, qui met beaucoup d'argent sur la table pour récupérer le négatif, la pièce unique. Bertrand, interdit de happy end, devra retourner au Brésil pour y écrire, douloureusement, le mot fin. De loin pas le meilleur Pouy,
Le cinéma de papa vaut pour les passages brésiliens
- pour lesquels Pouy,
en début d'ouvrage, remercie Daniel Pennac -, pour l'épisode
corse, pour la première phrase – "Ma mère est morte
et la langouste est excellente" – et pour une scène d'inceste
splendidement écrite. Le reste est poussif, manque de rythme, d'humour
(un comble chez Pouy,
spécialiste du calembour tueur), de consistance. On ne peut s'empêcher
de voir là une erreur de casting dans une œuvre qui peut se le
permettre. L'homme, sur un sujet voisin et cinématographiquement délirant,
se rattrapera quatorze ans plus tard avec H4Blues. La phrase: "Je me suis mis à soliloquer. Ce n'étaient ni des menaces, ni un quelconque chantage. C'étaient des considérations venant subitement de ma fatigue, de mon désespoir, venant de quelqu'un qui en avait assez de se substituer à une autorité, venant de quelqu'un qui avait mal à l'âme, mal aux pieds, mal à sa mère, mal à son père… De quelqu'un qui en avait assez de faire mal, du mal, d'avoir mal."
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La Belle de Fontenay (1992) Anar, catalan, sourd depuis l'enfance, Enric s'est aussi enfermé dans le mutisme, ne s'occupant plus que de ses pomme de terre. Mais quand on veut lui coller sur le dos le meurtre de Laura qui aimait bien se reposer dans son jardinet, il ne l'entend pas de cette oreille. Et part en guerre. Un grand, un immense personnage.
Ancien agent de maîtrise à la SNCF et rédacteur à La vie du rail, militant anarchiste né en Catalogne, Enric retrouve vite le gôut des coups, cultive à nouveau l'art du rentre-dedans. Comme une seconde jeunesse. Il secoue le panier de crabe d'un Lycée où idéologie politique, coucheries et pognon font bon manège jusqu'à trouver la vérité, à en payer le prix. Et tant pis si l'ange qu'il voulait venger n'en était pas un. Il lui reste le silence de l'amer et les pommes de terre qu'on lui apporte en prison. Si La Belle de Fontenay est un des tous meilleurs crus de Jean-Bernard Pouy, il le doit assurément au personnage de ce vieil anar catalan sourd-muet, cultivateur de patates (il fallait oser!) qui mène son enquête à la pointe de son bic, prend un malin plaisir à insulter, avec une bonne dose d'humour… vache, la flicaille, a le sens de l'honneur, du sacrifice et de l'à-propos ("à force de se comporter comme une patate, on ne fréquente pas que le gratin"…) et parle avec les poings. Un roman atypique, agréable et enlevé qui ne manque pas de punch! La phrase: "J'ai laissé mon moral baisser en même temps que le soleil. Vers le soir, j'étais aussi bas que le photon ambiant. J'en étais venu à espérer que les flics trouvent rapidement l'assassin, pour me libérer la tête et les nerfs, même si je n'ai jamais eu à me réjouir de savoir qu'un type finirait en taule, petite mort organisée, saloperies de tous les jours, purgatoire aux allures d'enfer, graine de suicide. Et moi, je ne savais plus bien ce que je faisais là-dedans, pourquoi je m'agitais de la sorte et qu'est-ce qui pouvait bien me pousser à faire le zozo de banlieue, le sherlock de monoprix. Le sourd-muet passe son temps à se parler, à dialoguer silencieusement, et ces diatribes intérieures, ce n'est pas du monologue, ce sont toutes les conversations qu'on ne pourra jamais avoir avec les autres, les vrais zorros, eux au moins."
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RN 86 (1992) Une femme qui part, revient, installe le mystère dans son couple, puis meurt dans un accident-suicide, ça intrigue, ça fait fonctionner à plein régime la machine à points d'interrogation. Mais, souvent, il ne faut pas chercher le pourquoi des choses, n'est-ce pas Léonard? Travail de deuil, roman de l'absence, RN 86 est un pur chef-d'œuvre.
Lucie n'étant plus là pour répondre, Léo, l'absence chevillée au cœur, va aller interroger les participants au stage, jouer les Sherlock à vélo et, guidé par le hasard, ce "chien de l'enfer", trouver l'adultère, la bête histoire de cul, ce frottement des peaux qui embrase les âmes. Et, sous un ciel plombé, noyer définitivement ses larmes dans un goulet du Pont du Gard. Traçant la route officielle d'une femme que l'on
croyait connaître et balisant la déroute officieuse d'une amante
que l'on a peine à imaginer, RN 86 emprunte les chemins de
traverse, ceux d'une mémoire à vif. Dans cette quête à
la fois absurde et compréhensible, le personnage de Léonard,
sorte de schizophrène émotionnellement tiraillé entre
le besoin et la peur de savoir (tout au long des chapitres, Jean-Bernard Pouy
alterne ainsi le "je" et le "il") n'est plus un personnage,
mais le lecteur, le mari, l'amant, le cocu. Travail de deuil remarquable dans
sa construction et dans son style, RN 86 est un roman empathique
et sublime. La phrase: "Il fallait partir. Il ne saurait pas, n'aurait personne à accuser, à punir. Il était un vengeur à la manque, la vie moderne n'était pas la scène d'un théâtre de type élizabéthien - Lucie avait du s'endormir au volant. Lucie avait peut-être pensé trop fort à son aventure, elle ne s'était pas senti dériver sur la gauche, elle n'avait pas vu le camion. Sans doute, comme on le dit, dans la dernière seconde, sa vie avait défilé devant ses yeux, à toute blinde, et là, peut-être que c'étaient les images du grand Suédois qui avaient marqué sa prunelle à jamais, au lieu de celles plus nombreuses, plus tranquilles, des moments léonardiens."
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Larchmütz 5632 (1999) Deux ex-révolutionnaires retirés à la campagne reprennent, avec entrain, du service dans un monde mondialisé dont les cartes sont biaisées. Tout cela sous l'œil d'une vache télépathe… Un roman désabusé qui sous la rigolade raconte deux ou trois trucs sur notre époque en manque de repères. "Ça fait vingt ans qu'on se calme! Vingt ans qu'on a envie de faire des conneries." Adrien et Benno ont mis leur haine soixante-huitarde en veilleuse dans un coin paumé de Bretagne. Mais faire du fromage, regarder paître Momone, une vache télépathe, matricule 5632 ("J'ai le piercing arithmétique"), ça va un moment. Tancer les gendarmes du bled, les tuniques bleues, les hortensias à roulettes aussi. Mais le réveil, celui de l'Organisation sonne à nouveau. L'occasion pour Adrien et Benno de remettre le pied à l'étrier, de remonter sur leurs grands cheveaux idéologiques. Ils veulent "le Grand Soir, le Super Matin et le Sublime Après-Midi". Ils quittent donc le ferme, nommée Larchmütz pour, croient-ils, reprendre le flambeau de la révolution. Car "le capital était toujours là,
les esclaves étaient là, toujours, la plus-value caracolait,
l'arrogance du pouvoir suintait de partout, le partage n'existait pas, toujours
pas, pas encore". Problème: l'échiquier n'est plus le même,
la lutte n'est plus franco-française, elle est désormais européenne,
mondiale, globale. Larchmütz 5632, ce sont des illusions qui s'envolent dans le tourbillon de l'Histoire, du désespoir qui s'incruste, mais aussi une certaine idée de la lutte, du non-renoncement. Avec en prime, une brillante et loufoque idée scénaristique – une vache télépathe dans le rôle d'une narratrice. Après RN 86, Pouy refait un grand numéro! La phrase: "Benno, regarde-nous. Là. Maintenant. Et tu vois quoi? Un truc inconcevable. Le monde a changé. Les mecs d'Action Directe pourrissent en taule. L'ex-armée secrète mao a abandonné un combat auquel elle ne croit plus depuis longtemps. Le FLB s'est noyé dans le biniou. Les Basques dérivent, mal. Les Corses, n'en parlons même pas. Nos idéologues d'avant font de la politique ou de la littérature. Et nous, deux pauvres couillons, vingt-cinq ans après, on repique au jus. On est hors classe, hors d'âge. Comme des samouraïs dans un film de kung-fu à la con. La seule différence, c'est que personne, mais alors personne ne peut croire qu'il y a, dans Paris, deux types qui reprennent ce genre de guerre de Cent Ans. Avec des flingues dans la poche et de la dynamite dans le coffre. Personne. T'entends? Personne. C'est ce qui nous protège, pour l'instant."
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H4Blues (2003) 56 ans, est-ce le bon âge pour démarrer une carrière de détective, surtout quand on a une jambe en moins? Nicolas ne se pose pas la question et se remémorre ses années de lycée. A cause d'un pote décédé, du cinéma expérimental et des… palmiers. Jouissif! Depuis vingt ans, Nicolas traîne un moignon en guise de seconde jambe. Et comme si cela ne suffisait pas à son "bonheur", voilà qu'on lui chourave sa voiture (pourrie, la caisse) et sa femme décide de se barrer au Canada, pardon au "Caribouland" pour un stage d'hypnologie (meublant ses insomnies en trompant son mari). Et comme le désespoir ne fait jamais les choses à moitié, son vieux pote Lionel, celui avec qui il se torchait "d'une manière révolutionnaire. Du rouge, du rouge et encore du rouge", meurt subitement après avoir laissé sur un répondeur plus vraiment de première fraîcheur ce message sibyllin dont les seuls mots audibles sont: "… qu'il fallait en parler à Nico, lui, il saurait sûrement…" A la demande de la femme de Lionel et pour tromper son ennui en l'absence de la sienne, Nicolas se plonge dans les dossiers de son ancien pote de lycée, amateur de palmiers et de cinéma expérimental - " Il était le Langlois du cinéma underground". Un univers touffu… Deux tubes d'aspirine plus tard, Nico rassemble quelques pièces du puzzle, déterre une affaire immobilière, découvre deux ou trois maîtresses, des jalousies dans le monde de l'art, mais surtout s'offre un trip nostalgique direction les années bahut, en l'occurrence le lycée Henri IV, H4 pour les intimes. Et remarquer que ses anciens camarades ont la curieuse habitude de mourir jeune ou d'avoir de bizarres pour ne pas dire étranges accidents… Soyons juste, de cette intrigue revival, tarabiscotée et pour tout dire invraisemblable, on s'en tamponne le coquillard. Ce qui fait le prix de ce Pouy (pas le meilleur, certes, mais diablement jouissif), c'est cette façon de jouer au vieux con en usant du 12ème degré, de baguenauder dans les souvenirs de jeunesse, d'asséner deux ou trois vérités sur ce monde délétère et une nouvelle fois le style ébouriffant, hilarant du bonhomme. Et puis ce H4Blues est l'occasion d'apprendre un sublime proverbe irlandais: "La réalité n'est qu'une hallucination provoquée par le manque d'alcool". Champagne! La phrase: "Hold me while I'm naked (15 minutes, couleur, sonore, 16 mm 1966 USA) de George et Mike Kuchar, Presque entièrement filmé dans des salles de bain et qui fonctionne comme une douche froide. George dit lui-même que ce film est le film d'un film qui ne pouvait pas être tourné, et de celui qui ne pouvait pas le tourner… Frustration, tournis névrotique, vulgarité de la mère, exactitude absolue du cadre, antennes de télévision agitées par l'orage sur les toits du Bronx, tout ça comme un Brahea calcarea, avec des dialogues comme: "le sacré du vitrail et le profane de votre soutien-gorge ne vont guère ensemble…" C'est dire si on peut donner tout Kubrick pour se simple quart d'heure lumineux…"
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