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Confidences trop intimes
Psychanalysées par
Patrice Leconte
2003
Avec Sandrine Bonnaire,
Fabrice Luchini, Anne Brochet,
Michel Duchaussoy,
Gilbert Melki.
Durée: 1 h 44
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Face à
face énigmatique placé sous le signe du hasard, Confidences
trop intimes transforme le malaise en bien-être grâce
à Patrice
Leconte, Midas inspiré. Ne vous trompez pas de salle!
pécialiste
du un coup ça passe, un coup ça casse, Patrice Leconte n'est
jamais aussi bon que quand il fait simple, quand il réduit la voilure
et le nombre de ses personnages. Car il n'y a pas grand chose dans Confidences
trop intimes, une porte, un couloir, un divan, quelques jouets mécaniques,
une femme en rupture de confiance, un homme qui sent le renfermé,
une ex extravertie et puis le Hasard. Celui qui frappe à la porte,
à la fausse porte.
Anna vient voir le Docteur Monnier, mais atterrit
chez William Faber, conseiller fiscal, lequel ne comprend pas tout de suite
la situation, le quiproquo. Et pas tout de suite, c'est trop tard, Anna
déballe ses problèmes de couple, son intimité de femme
en crise d'affection. Troublé, William tend l'oreille, sort ses
meilleurs "hum, hum". Comme le dira plus tard son voisin de palier,
celui-ci vrai psy, les métiers de conseiller fiscal et de psychanalyste
sont assez proche ("Il y a ce que l'on déclare et ce que l'on
dissimule").
Lui dire qu'elle s'est trompée de porte?
William tente bien de le lui faire comprendre, mais bute, s'embrouille
et finalement accepte le nouveau rendez-vous qu'Anna désire fixer.
Lui, l'homme qui vit seul, elle, la femme mariée qu'on ne touche
plus. Drôle de couple, étrange rituel. Et même si Anna,
assez rapidement comprend sa méprise initiale, le ballet des confidences
(très vite à double sens) se poursuit. Parfois duel, souvent
tandem. Chacun permettant à l'autre se s'ouvrir, de se libérer
- ce qui se traduit notamment dans les habits d'Anna, lesquels, d'informes
et sombres, deviennent au fil des "séances" mieux coupés,
plus légers et plus colorés.
Texte jouissif
Pour qu'un huis-clos, qu'un tel face à face
ne laisse pas le spectateur à la porte, il faut que le texte soit
à la hauteur (l'exemple suprême restant le Garde à
vue de Miller dialogué par Audiard) et que les acteurs habitent
leurs personnages. Côté paroles, c'est du ciselé, les
points de suspension dansent avec les jeux de mots, le silence fait écho
à la confession. C'est vif, intelligent, jouissif. Côté
rôles, cela aurait pu difficilement être mieux. Sandrine Bonnaire
(pourtant pas une de nos actrices préférées), perdue,
ambiguë ou rayonnante, excelle à relayer des émotions
tout en toucher alors que Fabrice Luchini (qu'on aime même quand
il en fait trop), visage fermé, yeux inquiétants (on pense
beaucoup à Monsieur Hire tout au long du film) et phrases
réduites (pas vraiment la spécialité maison) prouve
qu'il est aussi un acteur d'intérieur.
Mais comme Leconte n'est pas un ingrat, les seconds
rôles ne sont pas là pour faire tapisserie au fond de la pièce.
Il aurait d'ailleurs été fort dommage de se priver de l'extraordinaire
interprétation de Michel Duchaussoy (le psy d'à côté),
de celle de Gilbert Melki (en mari légèrement tordu d'Anna)
ou encore celle, craquante, de l'inestimable et trop rare (à croire
que les directeurs de casting et les producteurs sont tous dans le trou
de balle de Jan Kounen!) Anne Brochet (l'ex, puissance 7, de William)
Film touché, en grande partie, par une sorte
de grâce communicative, Confidences trop intimes a certes
quelques défauts dont une fin qui n'est pas à la hauteur
(cela devient une habitude dans un cinéma français qui, pourtant,
il y a quelques années encore, maîtrisait ce sujet), mais
reste, primo, un (très) bon Leconte, on l'a dit, et deuzio, un film
qui offre, à l'instar de La discrète par exemple
(tiens, tiens, déjà avec Luchini), de la délicatesse
dans le minimalisme, du bonheur sans forcer la dose.
Essayer de sourire béatement en remplissant
votre déclaration d'impôt, vous verrez, c'est nettement plus
difficile…
Pascal Busset

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