archives
Marche et rêve!

Sansa
Vagabondage poétique
réalisé par
Siegfried
2003
Avec Roschdy Zem, Ivry Gitlis, Valentina Cervi, Emma Suarez,
Silke.
Durée: 1 h 55

 

Follement libre, Sansa, deuxième long métrage de Siegfried, n'est pas un film conventionnel, mais un poème visuel fait d'impressions, de rencontres, de visages de femmes. Parfois déroutant, souvent subjuguant.

lettrineemelles de vent et passeport fripé, Sansa voyage léger. Marginal épris de liberté, artiste intérimaire, passager clandestin de la vie, il planque l'argent que lui rapporte les portraits qu'il effectue à Montmartre dans une mappemonde-crousille puis s'en va sur les chemins du monde. S'arrangeant toujours, quitte à inventer d'incroyables bobards, pour prendre des avions qui le portent vers l'Autre, vers l'Ailleurs.

Insoumis, insaisissable, il s'affranchit des carcans, opposant une vision libertaire à des visas terre-à-terre. Ce qui nécessite de bonnes jambes, histoire d'échapper à la flicaille courante - courses-poursuites qui sont autant de sprints gagnés sur l'écume des jours (si on me permet de réunir ainsi Vian et Ferré) - et un esprit ouvert à tous les possibles, toutes les cultures, toutes les rencontres. Un homme littéralement sans frontières.

La troublante Valentina

Françaises, espagnoles, italiennes, hongroises, russes, japonaises ou ghanéennes, les rencontres sont le carburant, l'essence de Sansa, film peu loquace mais qui n'a pas les yeux dans sa poche. Affaire de regards, de visages donc. Celui des nombreuses femmes que croise Sansa, cartes postales d'une libido bohème, stars filantes qui gagnent pourtant leur place au panthéon intime. Dans cette galerie de charme vampée par des femmes que la caméra caresse amoureusement, la plus troublante et la plus violemment érogène est (c'est mon avis et je le partage) Valentina Cervi, actrice italienne, répétons-le, troublante, vue notamment dans Artemisia d'Agnès Merlet et Rien sur Robert de Pascal Bonitzer (et que l'on verra dans le prochain Greenaway).

Sansa rencontre aussi - lors d'une scène burlesque grandiose - Monsieur Click, chef d'orchestre philosophe et, lui aussi, grand amateur de femmes (interprété par Ivry Gitlis, violoniste prestigieux et acteur occasionnel) que Sansa va retrouver souvent au cours de ses pérégrinations, ni fuite, ni errance, mais vagabondage poétique.

Pari risqué et réussi

Avec ce deuxième long métrage, Siegfried (dont le Louise (Take 2) nous avait beaucoup moins convaincu) réussit un film d'une audace et d'une liberté folle. Aucune trame, aucun récit à proprement parler, Sansa est un carnet de route où papillonnent les impressions de voyage. Un film parfois déroutant (duquel on peut momentanément sortir), souvent subjuguant (beaucoup de scènes formidables). Siegfried tente le pari du poème visuel, du road-movie intimiste et le réussit, même si son film, un chouia trop long, est forcément inégal. On en gardera les fulgurances, cette caméra, toujours en mouvement, qui tournoie, colle aux visages, ces images qui filent, floues et granuleuses et l'ahurissante prise de risque d'offrir un film hors norme (dont on peut craindre qu'il ne trouve pas un très large écho public). Sans oublier Roschdy Zem, acteur fétiche de Siegfried (il a tourné dans ses deux courts et ses deux longs), qui traverse ça avec l'élégance de ceux qui rêvent éveillés.

Pascal Busset

cotation 5/7

 

 
 
 
© DR  
   
© DR  
   
© DR  

Haut de la page | Retour aux archives | Retour à la une

© hyppographics