No. 5
Septembre 2004
 

"5x2"
François Ozon

"Mensonges et trahisons"
Laurent Tirard

"La mort dans la peau"
Paul Greengrass

 

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Vents contraires, force 5

5x2
Autopsie d'un couple
réalisée par
François Ozon
2003
Durée: 1 h 30
Avec Valeria Bruni-Tedeschi, Stéphane Freiss,
Antoine Chappey,
Géraldine Pailhas,
Michael Lonsdale

 

5x2, le dernier film de François Ozon, devenu en très peu de temps l'une des valeurs sûres du cinéma français et surtout du cinéma d'actrices, découpe la vie d'un couple en cinq tranches, du divorce à la rencontre. Parfois fort et juste, parfois vain et convenu

lettrineans donner corps à la croyance populaire donc hétérosexuelle qui veut que les gays soient dotés d'une touche féminine plus développée, on ne peut dénuer à François Ozon, sorte de wonderboy du cinéma français, une capacité à offrir aux femmes des rôles amples et forts (osons "couillus") comme d'autres leur offrent des fleurs ou des bijoux.

Après Catherine Deneuve, Fanny Ardant, Isabelle Huppert, Emmanuelle Béart, Virginie Ledoyen, Ludivine Sagnier, Firmine Richard, Danielle Darrieux dans 8 femmes et deux fois Charlotte Rampling dans Sous le sable et Swimming Pool, c'est une Valeria Bruni-Tedeschi transformée qui donne chair à ce 5x2 distillant son malaise en cinq tranches d'une partie de vie allant de la rencontre au divorce en passant par le train-train quotidien, le mariage et la naissance d'un enfant.

Sauf qu'ici, le magnéto est d'un genre particulier. Il ne passe pas le film dans l'ordre, mais à l'envers. C'est donc lors de la proclamation de leur divorce que l'on fait connaissance avec Marion et Gilles. Prélude à une première scène déstabilisante lors de laquelle les deux ex-mariés, dans une chambre banale d'un hôtel ordinaire baisent – il ne s'agit ici ni d'amour, ni de tendresse (Gilles finit même par violer Marion), juste d'un adieu qui a le goût de l'absurde ou la beauté littéraire d'un point final.

Scènes-clé pour chambres froides

Le procédé est habile, peut-être un peu trop (Ozon est un petit malin)... Si bien qu'il ne satisfait que par intermittence. Trop réducteur , trop best-of à l'envers, jouant sur l'allongement des plans, sur l'installation minutieuse du malaise. Toutes les scènes se veulent clé, veulent faire sens, mais la mécanique, trop froide, clinique, manque souvent d'âme, de chaleur. Ce qui n'empêche pas certaines scènes de toucher juste, de bouleverser même comme celle où Gilles (si l'on a déjà parlé de Valeria Bruni-Tedeschi, il faut aussi rendre grâce à Stéphane Freiss, hiératique et magnétique) refuse sciemment de se rendre à la maternité pour voir accoucher sa femme et quand il s'y rend, recule encore devant "l'obstacle", pour mieux rester avec sa peur d'être père, avec sa lâcheté d'homme.

Parfois bouleversant, parfois vain et convenu, comme cette idée qui voudrait que la liberté frelatée des homos (l'occasion de saluer Antoine Chappey, toujours parfait) soit plus bandante que les conventions, par ailleurs largement détournées (Marion se laissant ainsi aller avec un inconnu le soir même du mariage), du couple hétéro, 5x2 joue à la fois la multiplication et la soustraction.

Pascal Busset

cotation 4/7

 

 
 
 
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