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Mensonges et trahisons
(et plus si affinités)
Comédie existentielle
de Laurent Tirard
2003
Durée: 1 h 30
Avec Edouard Baer,
Marie-Josée Croze,
Clovis Cornillac,
Alice Taglioni
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Ex-journaliste
du magazine Studio, Laurent Tirard signe un premier film
sur les atermoiements de trentenaires à la fois modernes
et dépassés. Mensonges et trahisons est une
comédie réussie traversée par un Edouard Baer
au sommet de son art de ne pas y toucher
ngagez-vous,
rengagez-vous qu'ils disaient… Dans le camp retranché
des irréductibles trentenaires, la formule a peu d'adeptes.
Prenez Jeff (Eric Berger, le Tanguy), Max (Jean-Michel
Lahmi) et Raphaël (Edouard Baer), trois amis malgré
les différences, qui vivent plus ou moins bien avec leurs
contradictions de jeunes urbains modernes et pourtant dépassés.
Le premier, pusillanime, veut bien cracher sur les ravages de la
mondialisation, sur l'arrogance du Nord face au Sud, prêcher
la révolution, avoir No logo comme livre de chevet
et des logos détournés sur ses tee-shirts, mais sans
bouger de son petit cocon douillet (dans lequel il aurait mieux
fait de rester…). Le deuxième, boursicoteur pété
de thune, pratique le speed-dating, mais ne va tarder à péter
les plombs devant tant d'inanité. Quant à Raphaël,
écrivain qui évite soigneusement de mettre quoi que
ce soir de personnel, la moindre parcelle d'âme, dans ce qu'il
écrit, il gagne sa vie comme nègre, embellissant les
récits soporifiques de top models, stars jetables ou vedettes
sportives.
C'est justement en travaillant sur la vie et l'œuvre d'un footeux
que la vie de Raphaël va basculer. Car Kevin (Clovis Cornillac,
excellent sur le terrain de la caricature), le footballeur en question,
sort avec la femme dont rêve depuis la fac Raphaël. De
là une succession de situations comiques qui n'arrangent
pas les affaires de Muriel (magnifique Marie-Josée Croze,
la Canadienne primée à Cannes pour son rôle
dans Les invasions barbares), la petite amie de cet écrivain
narcissique, immature et goujat par atavisme. Lequel – un
des points négatifs du film – finira par rentrer dans
le moule de la bienséance adulte.
Sacré Teddy
Baer!
Ex-journaliste au magazine Studio – alors que l'on
sait que les critiques de cinéma font rarement de bons cinéastes
-, Laurent Tirard s'en tire avec certains honneurs pour un premier
film, qui plus est une comédie existentielle avec voix off,
inserts décalés, lorgnant vers l'univers de Woody.
Tantôt drôle, doux-amer ou non dénué d'une
certaine profondeur, Mensonges et trahisons (et plus si affinités)
saisit avec justesse les atermoiements de ceux qui trichent avec
eux-même, incapables de choisir une voie dans un monde qu'ils
vivent en absents, en locataires charnels.
Pour incarner cette indécision, il ne pouvait y avoir de
meilleur choix qu'Edouard Baer. Barbe de trois jours, cheveux en
bataille de celui qui sort du lit, champion du "euh…
ben… peut-être… non mais… ah bon",
il est ici au sommet de son art. Nonchalant (mais tout de même
valeur marchande), il traverse tout cela avec le détachement
de ceux qui n'ont pas l'air d'y toucher, qui savent que le talent
n'est qu'une des facettes de la futilité.
Pascal Busset

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